Retour au Clos Lapeyre

Vue sur le Pyrénées depuis les vignes - Jurançon, La Chapelle-de-Rousse
Vue sur le Pyrénées depuis les vignes – Jurançon, La Chapelle-de-Rousse

Aujourd’hui la vue sur la chaine des Pyrénées est une invitation à monter sur les coteaux de Jurançon : il fait un temps splendide  quand je me mets en route. Un temps comme nous en avons parfois en février dans le Béarn : bonnet et gants le matin, T-shirt manches courtes l’après-midi au soleil.
Le Pic du Midi (d’Ossau) scintille de blancheur au soleil.

La vue sur les montagnes est aussi somptueuse qu’étendue : décidément je ne m’en lasserai jamais !

Ceps taillé dans les vignes du Clos Lapeyre
Ceps taillé dans les vignes du Clos Lapeyre

Mes premières armes d’oenologue au domaine

La route, je la connait par coeur ; d’abord parce que c’est au Clos Lapeyre que je me suis formée : j’y ai fait mon stage d’œnologue en 2004 ; ensuite parce que j’ai habité pendant 10 ans sur ces coteaux abrupts.
Une fois mon diplôme obtenu, j’ai travaillé 3 années de suite au domaine au moment des vendanges, pour faire des sélections de levures indigènes(1). Je connais donc bien le site, les chais … et Jean-Bernard Larrieu, le vigneron.

Cela fait un petit moment que je ne suis pas venue déguster au domaine. La dernière fois c’était lors de Portes Ouvertes en Jurançon, le premier dimanche de décembre. Il faut avouer, ce n’est pas le meilleur moment pour discuter, tant il y a de monde (et tant mieux, c’est le but !).

Du coup j’ai envoyé un petit message à Jean-Bernard pour être sûre de le trouver, et me voici donc au domaine en ce magnifique début d’après-midi.

Vignes et osiers sur les coteaux de Jurançon
Osiers dans les vignes – Les branches servent à attacher les sarments

Le domaine

Le Clos Lapeyre exploite 18 ha sur les coteaux de Jurançon, secteur que les habitués appellent “La Chapelle”. Les vignes sont plantées sur le lieu-dit “La Chapelle-de-Rousse” où se dresse une petite église et son cimetière.
Sept domaines y font du vin, certains depuis des générations. Beaucoup se sont pendant longtemps contentés de cultiver la vigne ; ils vendangaient et apportaient leur raisin à la coopérative viticole de Gan, qui le vinifiait.

Justement c’est Jean-Bernard Larrieu qui a créé le chai du Clos Lapeyre. Après un BTS viticulture-oenologie, il a rompu le contrat du domaine avec la coopérative au milieu des années 1980 et commencé à faire son vin. Il est devenu une des valeurs sûres de l’appellation, avec ses amis Jean-Marc Grussaute du Camin Larreydia et Henri Lapouble du Clos Thou.

En 2004, le Clos Lapeyre reprend les 7 ha du domaine de Naÿs. Le domaine s’agrandit donc d’un coup d’une  dizaine à 18 ha.

Vignes de Jurançon
Vue depuis les vignes du Clos Lapeyre

Les vins de Jurançon

Jurançon est une appellation de vins blancs, secs et moelleux :
– “Jurançon” pour les vins moelleux
– “Jurançon sec” pour les vins secs.

Depuis une vingtaine d’années la consommation de vins “sucrés” diminue. Toutes les appellations qui en produisent en souffrent : Sauternes et ses voisins, Montbazillac, Bergerac, mais aussi les nombreux  moelleux du Val de Loire, Rivesaltes et Maury dans le Roussillon (pour ne citer qu’eux).

Les vignerons s’adaptent du mieux qu’ils peuvent ; à Jurançon, on produit aujourd’hui beaucoup plus de (bons )secs qu’il y a 20 ans.

Pourtant ce n’est pas ce qu’il y a de plus facile : les cépages du Jurançon, Petit et Gros Manseng sont bien sucrés ; les automnes chauds et ensoleillés du Béarn y sont pour quelque chose. Mais c’est aussi une nécessité de les récolter bien sucrés car ils ont aussi une très belle acidité. Une nécessité pour que le vin soit équilibré (voir mon article Dégustation du vin, les 3 étapes – La pratique)

Mais revenons à ma visite !

Après avoir échangé de longues nouvelles sur nos familles respectives, nous entrons dans le “petit chai”. C’est un bâtiment accolé à la maison des parents de Jean-Bernard. Il abrite des cuves et des foudres de 30 hl, le chai à barriques et le caveau de dégustation. Sans oublier le petit musée des outils d’autrefois.
Le “grand chai”, de l’autre côté d’un assez large passage, abrite de plus grandes cuves – 50 et 60 hl.
Je remarque tout de suite en entrant une belle jarre en terre cuite. Jean-Bernard me rappelle qu’il fait du vin blanc de macération dit “vin orange” ; en effet je savais qu’il en faisait, mais je ne l’avais jamais goûté.
Fort à propos, nous nous dirigeons vers le caveau de dégustation pour réparer cette “lacune”😉.

La dégustation

Le domaine a étoffé sa gamme, ces dernières années.

Il y a toujours :
– les “vins de fruit” secs et moelleux aromatiques et à la belle fraîcheur, à boire sur la jeunesse de leur fruit
– et les “cuvées”: Vitage Vielh, le sec et Magendia, le moelleux ; ils sont vinifiés avec du cépage Petit Manseng, cépage “noble” du Jurançon qui permet d’élaborer de beaux vins de garde.

Et maintenant, et depuis plusieurs années “Mantoulan“, “un des meilleurs secs de l’appellation” se plait à dire Jean-Bernard ; et deux vins nature Evidencia, un blanc sec et Amaros, le fameux “vin orange”.

Vitatge Vielh 2014

100% Petit Manseng (Vinifiée avec du Petit Manseng seul)
Un nez d’agrumes et de fruits secs (amandes, noisettes fraîches)
Une attaque fraîche, une bouche équilibrée, puissante, et harmonieuse avec la belle fraîcheur d’un Jurançon sec.

Etiquette de la cuvée Mantoulan, Jurançon sec, Clos Lapeyre
Mantoulan, Jurançon sec, Clos Lapeyre

Mantoulan 2012

Assemblage de 70% Petit Manseng, 15% Camaralet et 15% Petit Courbu, plantés il y a plus de 10 ans sur le lieu-dit … Mantoulan !(l’auriez-vous cru 😉 ?)

Sur cette parcelle il y a des rangs du cépage “Petit Manseng” (70% des ceps plantés sur la parcelle), des rangs du cépage “Camaralet” (15%) et de rangs du cépage “Petit Courbu” (15%).

Au nez, de la nèfle, des fruits secs, des épices et des herbes sèches. En bouche, le vin est plus “large”, (il a plus d’ampleur), il est bien savoureux avec plus de fraîcheur, il est long en bouche.

Evidéncia, vin blanc "nature" du Clos Lapeyre
Evidéncia, vin blanc “nature” du Clos Lapeyre

Evidéncia

Cette cuvée est vinifiée avec les mêmes raisins que ceux destinés à la cuvée Vitatge Vielh, mais elle est vinifié sans sulfites ajoutés
Le domaine en produit 6 demi-muids. Le vin fait la fermentation malolactique .

Nez de fruits jaunes et de pomme cuite. Bouche très large, “horizontale” (“le vin s’étale sur la langue, comme un jus de fruits”), très longue et fruitée.

Amaros

C’est un vin “orange”  au nez d’agrumes confits. La bouche est tannique, mais l’astringence s’efface ensuite derrière une fraîcheur tonique. Du volume et une belle longueur.

Je n’ai pas dégusté les moelleux cette fois-ci mais ce n’est que partie remise … pour une autre visite !

Pour plus d’infos, vous pouvez aller visiter le site du Clos Lapeyre

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(1) Les levures transforment le sucre du raisin en alcool. Les levures indigènes se trouvent sur la peau des raisins.Le vigneron a le choix, soit de laisser les levures indigènes faire la fermentation, soit d’utiliser des levures sélectionnées par des laboratoires de recherche en oenologie

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